Marilyn Manson

Le cauchemar de l’Amérique puritaine des années 90, celui qui s’amuse à déchirer les pages de la bible en interprétant son hymne Antichrist Superstar. Le personnage, toujours aussi provocant, a évolué au cours des décennies. Ce que le grand public n’a réalisé que récemment, c’est la forte amitié entre Marilyn Manson et Johnny Depp depuis le début de leurs carrières respectives.

 

 

Les deux hommes ont vécu une partie de leur adolescence dans la même région de Floride, fréquentant les mêmes scènes rock de Fort Lauderdale à quelques années d’intervalle. C’est sur un épisode de la série 21 Jumpstreet où Manson joue un figurant qu’ils font connaissance en 1989.

Le chanteur se confie au fil des interviews avec des anecdotes laissant entrevoir l’ampleur de leur amitié : il dit être le parrain de Lily-Rose, qu’ils ont passé le réveillon de l’an 2000 ensemble dans le sud de la France à boire de l’absinthe, il affirme également avoir vécu dans une des propriétés californiennes de Johnny Depp après son divorce d’avec Dita von Teese en 2007.

On leur connaît deux tatouages communs : leurs dos sont recouverts d’un dessin illustrant Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Et les mots “No Reason” sont inscrits sur l’intérieur de leurs poignets (le droit pour Johnny Depp et le gauche pour Marilyn Manson).

 

 

La première collaboration musicale des deux hommes date de 2012 : Johnny Depp est crédité en tant que guitariste sur la reprise You’re so Vain (album Born Villain) Manson a déclaré à ce sujet : “On a fait une reprise d’une chanson qu’on trouve ironique l’un pour l’autre (la chanson parle de la superficialité d’un homme qui fait attention à son look et attire les regards). Le clip sera probablement nous deux en train de nous contempler dans un miroir”.
Par la suite Johnny Depp a accompagné Marilyn Manson sur scène lors de concerts dans de petites salles américaines jusqu’à jouer à Wembley durant le Heaven Upside Down Tour en décembre 2017.
 

The Dope Show, Wembley, décembre 2017
 

L’acteur apparaît également dans deux clips du dernier album en date de Manson, SAY10 et KILL4ME dont je ne mets pas les liens directement et préfère vous laisser libres d’y jeter un coup d’oeil ou non. J’ai le souvenir de personnes choquées que des enfants fans de Jack Sparrow se retrouvent devant ces clips à leur sortie. Même s’ils sont parmi les plus abordables du chanteur ils restent réservés à un public adultes comme indiqué en début de chaque vidéo officielle et je m’en voudrais d’offenser une audience plus chaste que moi.

 

Californication, saison 6 épisode 7
 

Marilyn Manson, de son vrai nom Brian Warner, a eu une jeunesse marquée par les retombées de la guerre du Vietnam : son père y a été exposé à différents agents chimiques qui ont des effets néfastes sur la reproduction et ont conduit à la naissance d’enfants handicapés au sein des familles de vétérans. Sa fascination pour les prothèses vient de la fréquentation forcées des hôpitaux durant ses jeunes années, où il devait subir des tests médicaux pour s’assurer de sa bonne santé. Lui est parmi les chanceux mais il a rencontré à cette époque d’autres enfants qui eux ont subi les conséquences de ce conflit.

Pensant lui offrir une éducation de qualité dans un environnement protégé, ses parents l’inscrivent dans des écoles chrétiennes. Manson en garde le souvenir de professeurs obsédés par le péché, voyant des messages sataniques cachés dans dans les chansons rock qu’ils décryptent en classe. Comme on peut s’en douter, cette méthode n’a pas l’effet escompté et l’adolescent, au lieu de se détourner de ce genre musical, y découvre une passion.

Comme beaucoup d’enfants ne rentrant pas dans la norme, il subit également du harcèlement de la part d’autres élèves dont des altercations violentes sources de traumatisme. Ces différents éléments ont influencé la création du personnage Marilyn Manson, une image à l’aspect volontairement agressif, cultivant un esthétisme de la laideur. Selon lui toute bonne histoire a besoin d’un méchant réussi, et c’est ce qu’il essaie d’incarner.

Le groupe d’origine s’appelle Marilyn Manson and the Spooky Kids. Tous les membres avaient adopté pour pseudonyme un prénom d’actrice accolé au nom d’un tueur en série afin de représenter deux côtés extrêmes et emblématiques des Etats-Unis. Le paradoxe d’un pays sublimant le glamour tout en étant capable de révéler les facettes les plus sordides de la nature humaine.

Plusieurs looks ont sillonné sa carrière, les plus marquants étant l’Antichrist, suivi de l’humanoïde Omega, ensuite un personnage burlesque puis gothique dans les années 2000, jusqu’à aujourd’hui avec une sorte de révérant en cuir de la tête aux pieds.

 

Ce sens de l’esthétisme, commun avec son idole David Bowie, l’a conduit à être consulté lors de la création de Gellert Grindelwald (interprété par Johnny Depp dans la franchise Les Animaux Fantastiques). La costumière Colleen Atwood raconte que le pantalon de cuir serré à été suggéré par l’acteur lors du visionnage d’une ancienne vidéo de Manson. Elle explique aussi s’être entretenue plusieurs fois avec les deux hommes pour discuter du personnage. La lentille bleue arborée par Grindelwald et souvent portée chez Marilyn Manson n’est certainement pas une coïncidence.

 

 

Manson a d’autres talents artistiques reconnus. Il a exposé ses peintures dans des galeries de Los Angeles. C’est aussi un acteur avec plusieurs films à son actif et des prestations repérées dans les séries Salem et Sons of Anarchy.

 

Harlequin Jack and the Absinthe Bunny, Marilyn Manson
 

Comme pour Alice Cooper , c’est la même amie qui m’a donné l’opportunité d’aller voir Marilyn Manson en concert il y a 5 ou 6 ans, depuis je ne rate pas un de ses passages près de chez moi. J’adore le voir sur scène mais je peux comprendre que même en appréciant sa musique certains critiquent ses lives.

Les concerts semblent être autant un défouloir pour lui que pour les spectateurs. Ça donne des spectacles avec beaucoup d’énergie, parfois agressive. Cette facette est prépondérante dans son personnage qui cache un homme plutôt timide. L’image violente qu’il véhicule intentionnellement est un moyen d’expression qui lui permet de passer au dessus de ses inhibitions.

Il devient difficile de démêler le vrai du faux dans ses déclarations avec ce besoin de jouer un rôle décomplexé en public : il parle librement sa consommation de cocaïne et d’alcool, apparaît parfois provocateur au sujet de ses conquêtes et d’autres fois romantique. Quelque soit la vérité, Manson préfère cultiver un mythe et pense que ses fans ne veulent pas voir ce qui se cache derrière le rideau.

Pour avoir lu de nombreux témoignages de meet and greet et aussi vécu l’expérience personnellement, je peux vous assurer que c’est une personne généreuse et intelligente. Sa célèbre intervention dans le documentaire Bowling for Columbine, traitant de la tuerie dans un lycée américain dont on l’a accusé d’être en partie responsable, événement qui a mis un frein à sa carrière en 1999, nous montre un homme lucide et empathique.

Bowling for Columbine, Michael Moore, 2002
 

Si vous voulez découvrir sa musique, son best-of sorti en 2004 est le plus indiqué. Je vous encourage également à écouter ses deux derniers albums (The Pale Emperor et Heaven Upside Down) avec un style moins provoquant qu’à ses débuts.

De mon côté j’ai un faible pour Antichrist Superstar (1996) regorgeant de tubes et The Golden Age of Grotesque (2003) dont j’adore l’esthétisme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *